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La mine de charbon

Publié le par Les élus

Entrée d'une galerie

Entrée d'une galerie

L'arc Niègles-Prades et Sumène
Témoignage de Mme Georgette Pons, née Joffre, d’après les récits de son père, mineur à Lalevade
Mon père est mineur, attaché aux travaux de réparation. Il travaille la nuit lorsque les équipes quittent le chantier. C’est ainsi que l’accident arrive. Il reprend un chantier qui, croyait-il, était en attente depuis plusieurs semaines parce que l’homme qui en était chargé avait préféré rester chez lui ! Il n’a pas été averti que finalement, la veille, le mineur a travaillé dessus et n’est pas revenu finir l’ouvrage lorsqu’il a vu qu’on le renvoyait à ce même poste qui lui déplaisait.
Car, disait mon père, après plusieurs jours, une pression s’exerce qui compresse les matériaux. Les éléments font corps, on peut déboiser sans aucun risque. Attention quand même : la nuit, dans la mine, les craquements sont sinistres.
Ignorant les faits exacts, mon père arrache les buttes pour assainir et reprendre normalement la tâche. Le remblai tombe, l’ensevelissant jusqu’aux épaules, il a peur d’être enterré vivant, il bouscule son manœuvre et lui demande de faire vite, un bois le frappe avec force au niveau de l’estomac provoquant une hémorragie interne et toute la suite.
J’ai lu sur un reportage, que le mineur a les soins gratuits. Mon père n’a jamais été reconnu accidenté du travail. Il n’y a pas de blessés dans la mine… C’était en 1923.
J’avais trois mois. Je l’ai vu souffrir de nombreuses années. Il n’a plus jamais travaillé. Combien de fois m’a-t-il dit « j’irai bien au médecin, mais je n’aurai pas l’argent pour acheter les médicaments ». Je me souviens du carnet à souche et des soins gratuits, c’est bien plus tard. Il fallait s’organiser. Ma mère ira au tissage qu’elle connaît déjà bien et c’est en compagnie de mon père que je grandis. Ce n’est pas un mauvais souvenir. J’ai droit de tout faire… Nous étions toujours ensemble, son accident n’avait pas entaché son moral. Il me raconte des histoires à longueur de journée. Il me parle couramment de la Mine, qu’il aime. Les mineurs aiment leur Mine.
Mon père était rentré au fond à 11 ans, avec son père, mon grand-père, qui mourra à cause de la Mine. Petite anecdote, tous les mois, il ira chercher l’argent de la paye des mineurs à la gare, le père porte le sac avec les pièces de 10 et 20 F or, lui les sous en bronze dans un sac plus petit.
Il me disait souvent « quand tu auras dix ans je te ferai descendre dans la mine, pas avant ». C’est contraignant pour les mineurs, il fait très chaud, ils travaillent nus, lorsqu’une visite est annoncée, ils se rhabillent et n’aiment pas beaucoup ça.
Mais la mine a fermé, je n’avais pas dix ans. J’ai vu comme tous les Levadois de l’époque, les wagonnets passer sur la passerelle de la balance. Je m’arrêtais chaque fois, ça se voyait de loin. Je vois l’homme peinant derrière, arc bouté, qui pousse. J’entends encore le bruit continu du marteau piqueur. Cette fumée âcre, blanchâtre, qui couvre le quartier, qui prend à la gorge. Les maisons aux murs noircis. Les mineurs qu’on rencontre au retour du travail, vêtements et visage enduits de poussière, la musette au dos, coiffés d’un grand chapeau.
Que me disait mon père ?
« Il y a eu la vieille mine, peu profonde, dangereuse, avec bien des éboulements, sur un petit périmètre, sous-sol de la Chastagnière, propriété Durand, colline de ChampFernal, elle a été vite abandonnée. »
« La compagnie minière, dont le siège n’est pas ici, exploite les Mines de Niègles-Prades-Sumène. Le puits Chalmeton est creusé (j’en ignore la date). Un ouvrage d’art, disait mon père, construit en pierres de Vogüé, ainsi que le départ des galeries. Il y a les plans inclinés de Mendras-La Taillade. L’essentiel passe par le puits Chalmeton. La cage descend et remonte continuellement :
- pour les équipes,
- pour le bois nécessaire aux chantiers, troncs de pins d’environ deux mètres de long que le mineur ajuste,
- pour le minerai, qu’il faudra épurer sur les tamis au lavage.
Le principal client : les ciments Lafarge, qui enlèvent le charbon assez brut par train complet. Les wagons sont à quai sous la balance1. C’est le même dispositif, rails, wagonnets, jusqu’au quai. »
Mais la mine a été mal implantée, peu ou pas de charbon à l’Est. Une seule galerie en direction du Prat. Le puits aurait été plus au cœur des couches au Pont de Prades, près de l’usine Satex ; trop de longueur de galeries pour revenir au Chalmeton.
Mon père m’a souvent parlé de production. Je n’ai pas enregistré… Disposition de l’intérieur de la mine, plan, niveau, cheminée, c’est assez vague. Je sais qu’il connaissait très bien la mine, il avait 40 ans de présence, ceci explique cela.
La mine n’est pas un gruyère. L’extraction du charbon finie, les vides sont comblés. La veine, comme ils disent, n’est pas toujours facile d’accès, la position de travail quelque fois peu confortable. Les journées sont longues, le mineur assez libre, les pauses peu contrôlées. Quand la tâche commandée est faite, il arrive qu’on dorme sur le chantier. Il s’y fait de bonnes blagues, presque tous ont un nom d’emprunt qu’il faut accepter.
Lors de l’inondation de 1890, c’est mon père qui commande la cage. Tous les mineurs sont dehors, ordre de la direction. Seuls quelques responsables assurent la sécurité, l’eau jaillit de toute part. Les pompes tournent à plein régime. Toutes les dix minutes, il fait descendre la cage, à chaque niveau il la fait claquer pour avertir en cas d’urgence. Sa lampe de sécurité est éteinte, impossible de la tenir allumée. Les éclairs sont si intenses et rapprochés qu’il n’est même pas gêné dans ses manœuvres.
Plusieurs mouvements de grève ont émaillé la vie des mineurs. Durant l’une d’elles, en 1921 mon cousin Joseph habite chez son oncle qui est cadre non-gréviste : « tu iras à la mine » lui dit l’oncle. Par obligation, Joseph descend donc avec un autre jeune de 17 ans. Après le travail, il faut sortir. La cage du puits Chalmeton ne fonctionne pas. Ils décident de sortir par Mendras, mais à quelques mètres de la sortie, ils aperçoivent les jambes des hommes du piquet de grève, c’est prendre le risque de se faire lyncher. Mon cousin connaît toutes les issus, il décide de passer par l’Aspiral2. Mais l’Aspiral n’est pas une sortie, juste une cheminée d’aération dont les parois ont été boisées il y a longtemps. C’est abrupt et tout s’écrase sous leurs pieds, ils risquent cent fois de tomber, ils frémissent de peur, enfin, les voilà dans la guérite. La porte est fermée à clé ! Impossible de redescendre ! Du courage il en faut, de la force aussi, à grands coups d’épaule la porte saute. Ouf ! Qui serait venu les secourir là ? « Et bien, oncle, tu iras travailler si tu veux, pour moi, c’est fini ! »
Les veines de surface sont minces. Peu de temps avant la fermeture, un plan incliné est mis en chantier à 90 mètres de profondeur environ, sous le puits Chalmeton en direction de Prades. Un frère de mon père y travaille, là les couches sont larges de plusieurs mètres, un anthracite brillant, rien de comparable avec les couches supérieures. On y décèle quelques poches de grisou. Jusque là les mineurs travaillent avec des lampes à acétylène, flamme nue. Mais il faut descendre encore plus profond : le directeur veut préserver des veines bien accessibles pour une future exploitation. Un ingénieur national vient analyser la richesse du sous-sol.
Vint la grève de 1929-1930. Les mineurs n’assurent pas la sécurité, chose que mon père n’a jamais admise : « la grève on est d’accord, mais préserver l’outil de travail est une obligation, alors il faut savoir l’arrêter ».
La mine se noie lentement. L’ingénieur national vient voir mon père et lui demande d’intervenir. « Dites leur que je suis avec eux, mais il faut qu’ils m’assurent l’entrée à la mine, je dois terminer les études pour lesquelles je sui ici et faire mon rapport. Ce rapport restera inachevé, on ne saura jamais si à moins 300 et en deçà existe une richesse houillère valable. Car mon père, qui est absent depuis trop longtemps, n’est pas entendu. La grève, qui dure depuis de trop longs mois, rend les hommes agressifs. Les responsables cadres démontent les pompes qui ne tournent plus.
La grève prend fin, enfin. Mais la compagnie a des problèmes : d’autres sources d’énergie la concurrencent, elle a perdu son principal client. Elle hésite à reprendre l’exploitation. Le puits Chalmeton est fermé définitivement. Quelques temps encore on descendra par Mendras. Ce n’est pas un puits, seulement un plan incliné, le prix de revient est plus élevé. Pour couronner le tout, le charbon est de mauvaise qualité. La mine ferme.
Voilà mes souvenirs, ils sont le reflet des informations, des pensées qui m’ont été transmises, elles ne se superposeront pas forcement à celles d’un autre.
Georgette Pons, 1999.
Propos recueillis par Albin Dumas
 
Note 1. La balance était un ascenseur à deux plateaux recevant chacun un wagonnet. Le wagonnet plein en descendant faisait remonter un wagonnet vide sur le deuxième plateau. L’ensemble du dispositif enjambait la route et le canal, aujourd’hui ce qui en subsiste constitue le support des vestiaires du stade et de la petite maison en vis-à-vis.
Note 2. Nous manquons de documentation sur ce puits d'aération et sur le terme « Aspiral ».

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COMPTE RENDU DU CONSEIL MUNICIPAL DU 16 JUIN 2020

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COMPTE RENDU DU CONSEIL MUNICIPAL DU 05 JUIN 2020

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CORONAVIRUS : LES GESTES PREVENTIFS

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Coordonnées de la Mairie

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Album - Lalevade autrefois

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Les échos des béalières.

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                 Pourquoi "béalières" et "LALEVADE" ?

D'où viennent ces mots ? De l'occitan, la langue vernaculaire, le parler du quotidien jusqu'au début du XXème siècle.

Ces deux termes font effectivement partie de notre patrimoine mais les quelques explications suivantes permettront à tous  ceux qui découvrent Lalevade de situer l'impact de l'eau sur la vie locale.

Michel ROUVIERE (auteur ardéchois de nombreuses publications sur l'architecture rurale) précise à propos des aménagements hydrauliques liés aux ruisseaux et rivières : "une levade est un type de barrage agricole où les pierres sont disposées horizontalement et dont le rôle est de retenir l'eau et de permettre l'arrosage ou l'irrigation par gravitation au moyen de canaux."

L'auteur décrit également les autres aménagements qui "permettent de conduire l'eau par gravitation vers des jardins. Ce sont des canaux , appelés béalières pour les plus grands, gorgas (prononcer "gourgo") pour les plus petits."

( Voir : Bibliographie des écrits de Michel Rouvière )

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